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Par Sophie Greuil
COURCHEVEL (Savoie) (Reuters) – Éliminée au premier tour des Jeux olympiques après seulement 25 secondes de combat, la judoka Frédérique Jossinet, 33 ans, entend rebondir après avoir fait le « deuil » de son échec à Pékin.
La seule médaillée olympique du judo français en 2004 – elle avait alors décroché l’argent en moins de 48 kg – espère aller chercher une médaille aux prochains championnats du monde 2009, qui seront sans doute les derniers de sa carrière.
A l’occasion de la 11e Semaine olympique rassemblant les médaillés français de la saison, la vice-championne du monde de 2003 et 2005 s’est confiée à Reuters.
Reuters: Qu’avez-vous ressenti au moment de votre élimination au premier tour contre la Kazakh Kelbet Nurgazina?
Frédérique Jossinet: Le grand vide. Le néant. Rien. L’incompréhension. Physiquement, vide. Psychologiquement, ailleurs. En fait, je n’arrivais absolument pas à exprimer quelque chose: à pousser un cri, à sortir une larme, à dire un mot. Je voyais bien qu’on me parlait mais je n’entendais rien. C’était le trou noir, la traversée du désert. J’étais assommée, je ne visualisais rien.
Reuters: Et cela a duré?
F.J.: Jusqu’à minuit. Après, je suis entrée dans la phase de déception et les premières larmes sont sorties. J’étais au village olympique, sur le balcon de ma chambre. Là, j’ai eu honte. J’étais une des leaders de l’équipe de France de judo, une des leaders de l’équipe de France olympique et je n’avais pas assuré. Face à cette réalité a commencé une période de deuil puis d’accompagnement.
Reuters: De deuil?
F.J.: Dans les trois ou quatre jours suivant ma boulette, j’étais en colère. Mais je suis quand même allée soutenir les autres, je me suis forcée à me montrer. Puis pendant un mois, je me suis remise en question. J’ai eu envie d’arrêter ma carrière. Durant cette période, j’ai eu l’impression de vivre un deuil, le deuil de ne pas avoir fait de médaille. Mais en ratant les seconds Jeux de ma carrière, j’ai trouvé l’amour en échange.
Reuters: L’amour de qui?
F.J.: De l’amour, de l’amitié, le soutien moral de mes proches, d’anciens judokas, d’autres sportifs notamment de leaders qui s’étaient plantés comme moi, d’étudiants de l’ESSEC, de personnes que je n’avais pas vues depuis des années parce que je ne prenais plus le temps de m’arrêter. Cette énorme vague d’amour et d’amitié m’a maintenu la tête hors de l’eau, m’a aidé à remonter la pente, m’a portée et aidé à trouver mon nouveau chemin.
Reuters: Avez-vous identifié la raison de votre « boulette »?
F.J.: Une faute de concentration. A trop vouloir bien faire je suis passée à côté, sans doute pas concentrée sur ce qu’il fallait à l’instant où il le fallait. Mais, c’est UNE boulette dans ma vie. Elle n’est pas représentative de MA vie. Elle ne doit pas l’être. Je ne dois pas lâcher dessus. Je dois rebondir. Je vais rebondir. Début novembre, je suis revenue sur le tatami. J’ai alors compris que j’aimais encore le judo.
Reuters: Que vous a apporté cette « boulette »?
F.J.: C’est comme une médaille de la maturité et de l’apprentissage. Elle m’a fait grandir, devenir sereine, plus heureuse. Bref plus légère. Avant, j’étais seulement une athlète de haut niveau, parfois pas très chouette, trop souvent tournée sur elle-même, trop le nez dans le guidon. Maintenant, je suis quelqu’un de complet: épanouie dans ma vie de femme et de sportive. Je n’ai plus envie d’être égoïste mais tournée vers les autres. Maintenant, je n’ai plus rien à prouver. Ce que je vais vivre sur le tatami sera du bonus !
Edité par Chrystel Boulet
